Mes Mots Sont Insatiables

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25 novembre 2007

Thématique De L'Interprétation

La Charmeuse

    Sa voix était d’un « la » si parfait que ses discours se transformaient instantanément en un concert du plus grand orchestre qu’il soit ; si bien qu’on se sentait privilégié d’avoir le droit à une représentation privée dès lors qu’elle abordait la conversation avec vous. Pas question de reproduire à l’identique le magnifique récital, elle cherchait inlassablement à toucher différemment ; l’entretenant, le travaillant, l’expérimentant, la charmeuse vouait un culte à son outil, cherchant cette flamme pour attiser les braises encore chaudes de ceux qu’elle considérait comme l’élite. Souffler dessus était trop facile, cela n’avait aucune espèce de goût de victoire. Elle, aimait quand le charbon était humide ou trop appauvri pour s’enflammer d’une simple note. Ce sentiment d’impuissance qui passait par sa gorge bloquant  l’arrivée d’air jusqu’à sa trachée occasionnait un spasme d’excitation, un vice caché et insoupçonnable ; une perle de l’émotion si fugace et honteuse qu’elle ne s’autorisait ce plaisir qu’une fois par semaine, négligeant sa dépendance comme son corps l’acceptait pour ne pas mettre en ruine son marché. Elle les reconnaissait à leurs airs d’hommes fidèles et inébranlables, « ses proies angéliques ».

(Note : la charmeuse est une prostituée)

Photographie_GP9

La Première    

    Elle est née la première.
    Aussitôt, on l’obligea à devenir adulte et esclave. On lui imposa de taire ses murmures de vengeance et de s’adapter selon les besoins d’un homme qui avait le pas lourd ; on lui tapotait parfois sur l’épaule quand, lasse d’être maltraitée, ses sentiments l’envahissaient et noyaient des larmes qui, s’accumulant, mettaient en péril ses profanateurs. On la battait en public lorsque son physique était en désaccord avec l’image qu’on se faisait d’elle, opérant ses défauts à grand coup de machines pendant d’interminables moments et sans anesthésie. La soumise n’avait pas d’amis pour affronter ses ennemis, pas de joie pour atténuer sa souffrance, pas de sourire pour arrêter ses pleurs, pas même de répit pour supporter ses efforts. Elle n’avait rien, on considérait qu’elle devait tout. Comme chacun d’entre nous, elle désirait connaître la vie sans qu’on la condamne. Elle le fut dès sa naissance, et chaque seconde de douleur le lui rappelle. Cet enfant qu’on salit, qu’on écrase, qu’on bouscule, qu’on effraie, qu’on poignarde, qu’on néglige, qu’on ignore, n’aura jamais de procès.
    Elle sera la dernière à mourir.

(Note : Elle, est la Terre)

- Julien WILHELM -

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