13 décembre 2007
Quatre Murs
(Note : ceci est un petit texte cruel sur ce que pourrait être un jour le monde s'il se retournait contre l'influence qui l'opprime)
L'incertitude rouvrit
mes yeux une seconde fois ; j'y étais toujours. Cette pièce
sombre et humide où mon rêve s'était brisé
lorsque épuisé, mon corps s'était affalé
contre ce mur froid, m'emprisonnait toujours physiquement. Parfois je
m'imaginais si bien les cellules de ce genre dans ma tête que
des heures durant je ne bougeais plus un muscle. Cette fois-ci, je
n'y étais pou
r rien dans l'élaboration de ma prison ;
cette couchette sur laquelle mon épaule droite reposait
n'était plus une illusion. Je n'étais pas capable
d'envisager cette odeur désagréable qui s'en dégageait.
A mes pieds que je trouvais à l'étroit dans ces
chaussures gisait un corps autre que le mien ; je l'avais surnommé
l'étranger parce que le sommeil qui le maintenait près
de mes semelles avait radié le débat entre nous dès
mon arrivée. D'ailleurs je ne possédais aucun souvenir
d'avoir entendu ou prononcé un quelconque mot plus fort que ce
silence ici. Parler était devenu l'outil futile que je
m'empressai de remettre à mon goût : « L'extérieur
n'existe plus ; ni en ma mémoire, ni au delà de cette
lucarne inaccessible. L'artificielle lumière jaunâtre
qui subsiste du couloir empêche partiellement le noir de
dominer plus qu'il ne s'impose déjà en moi-même.
Je respire par la bouche pour soulager mes narines ensanglantées
– elles avaient amorti ma chute des heures auparavant – mais
l'oxygène pauvre m'irrite la gorge. Tousser devient routine et
je me fais à cette idée que mon sang ne me salira pas
plus que l'insalubre endroit sur lequel je me vide. Ce confort
proscrit mon bien-être ; ici mes sentiments s'égarent et
se contredisent. Réfléchir est ma seule occupation. »
« Si c'est ta
seule occupation, pourquoi racontes-tu tout cela ? »
L'étranger se
redressa et me fixa un moment Péniblement, il se traîna
et s'assied sur le vieux matelas près des barreaux qu'il ne
parut trouver à son aise. Son visage était expressif et
mâte, il devait s'être écoulé une quinzaine
depuis qu'ils l'avaient enfermé à en interpréter
sa faible mine. Appuyant son hygiène lamentable, la barbe
épaisse qui couvrait une large place de ses lèvres lui
donnait un léger air juif. Elle était inégale
aux joues néanmoins.
«
Alors ? Dût-il compléter.
- Pardonnez-moi,
je croyais que c'était une réflexion ironique. Je
n'avais pas l'intention de vous réveiller, expliquai-je en
reniflant une nouvelle coulée de sang.
- Vos
excuses n'ont pas d'importance ici. Pourquoi parliez-vous à
voix haute ? Êtes-vous un de ces fous dont parlent les médias
?
- Moi
? Fou ? Je l'ignore. Se parler est l'un des symptômes ?
- A
soi, sans doute.
- Dans
ce cas, j'admets l'être. Vont-ils
nous laisser ici ainsi ?
- Consciemment
oui. Ils nous droguent pour nos besoins.
- Vraiment
? – Je n'en revenais qu'à moitié.
- Après
avoir tant dormi sans aller aux waters, j'ai trouvé la
théorie intéressante.
- Vous
êtes là depuis longtemps ?
- Assez.
Plus d'un mois, compléta t-il en grattant son nez. Les choses
évoluent-elles à l'extérieur ?
- Le
gouvernement n'a pas encore entamé de négociations et
sa position envers le mouvement reste inflexible.
- Évidemment
! C'est le peuple qu'on opprime !
- Vous
l'avez dit... Quelle est votre profession ?
- Étiez,
corrigea t-il. Ici, je suis comme vous.
- Quelle
était donc votre profession à l'extérieur ?
- Publicitaire.
Vous ? Qu'étiez-vous ?
- Rédacteur
en chef pour un magasine de mode.
- Oh.
Je saisis maintenant mieux votre présence à mes côtés.
Une menace n'est-ce pas ?
- Tout
juste – je confirmais avec fierté. Chaque
jour d'autres sont amenés, nous ne sommes pas les seuls ;
rien que cet étage regorge de plusieurs dizaines de gens.
- Vous
êtes sérieux ? Nous étions quatre à mon
arrivée !
- Leur
milice s'organise et leurs opérations se multiplient. Bientôt
nous serons tous là.
- C'est
impossible, rendez-vous compte !
- Je
n'en suis plus si certain malheureusement. »
A cet instant de gêne l'étranger s'allongea et ne dit plus un mot. Ses bras inertes et parallèles à sa silhouette amincie par le régime qu'on nous imposait en ces locaux étaient découverts jusqu'aux épaules, ils paraissaient avoir lourdement souffert ; s'il fallut porter une charger supérieure à celle de ses mains, il en fut douloureux ne serait-ce qu'essayer. Je remarquais au creux d'une de ses paumes un tatouage identique au mien hormis qu'il en fut dégagé de sang : c'était le marquage de l'indigne, une empreinte indélébile de notre crime. Elle permettait qu'on nous identifie aisément au moindre litige. Ses chaussures, elles, étaient en superbe état ; la marche ne serait pas l'activité principale de cette condamnation. Elles semblaient si serrées qu'on ne put les enlever. Les miennes l'étaient aussi. « Vous vous demandez pourquoi ces godasses ne peuvent pas être retirées ? » reprit l'étranger assuré que cette question me hantait. Il releva la tête et ajouta : « La réponse est dans l'effort cher ami, essayez donc de vous lever ». Je n'osai pas.
«
Ces drogues qui parcourent nos veines nous bluffent... Châtier
autrement un crime différent, cela
ne vous rappelle rien ?
- Cette
propagande, me remémorai-je, pourquoi agissent-ils de la
sorte ?
- Si
la sentence était dérisoire on ne prendrait pas au
sérieux leur agissement ; le mouvement crée l'exemple
pour être considéré.
- Rien
ne justifie cette barbarie ! Personne ne peut arrêter le
peuple lorsqu'il se décide à agir.
- Ses
méthodes effraient ceux qui n'adhèrent pas à la
sainte rébellion pour
les dissuader d'intervenir en sa défaveur car ils constituent
une majorité non négligeable et par conséquent
: un danger potentiel.
- Et
nous dans tout ça ? Vous, moi, et tous ces autres qui se
taisent au delà de ces murs ?
- Loi
14-A1 du Carnet Influence : tout homme ou femme participant à
la diction, détérioration, ou modification d'une idée
publique est reconnu coupable d'abus selon le code de liberté
43778. Les sanctions encourues relèvent des plus importantes
et sont applicables dans les délais les plus courts. »
Grincement... Soudain, des pas hâtifs se firent ouïr et un nouveau apparut ; il semblât avoir les clefs dans une poche, la liberté dans l'autre. Pointant une arme sur l'étranger, il l'exécuta froidement de quelques balles dans la poitrine et se retira de la scène dans la seconde suivante laissant mourir sa cible qui achevait son aveu : « Dieu puisse avoir pitié de nous... » Une voix s'échappa ensuite d'un haut parleur lointain : « Loi 1-A5 du Carnet Influence : il est interdit aux personnes étrangères au mouvement de le nommer ; ceux qui violent cette règle seront immédiatement exécutés. » Telle fut la fin de l'étranger ; si brève que je n'eus l'opportunité de pousser un cri.
- Julien WILHELM -
Commentaires
tu l'as publié xd
je me souviens de ce teste nous en avions beaucoup parler et je t'avais dit qu'il pouvait être une suite d'un autre texte de ta composition ... xd
Contiinue en tout cas Julien tu es doué !!!
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