06 février 2008
Le Labyrinthe
Si l'univers carcéral n'enferme idéalement que les hommes jugés coupables de crimes, il existe une autre prison où peuvent se sceller les libertés de chacun d'entre nous, et ce parfois sans motifs apparents. Un lieu aux couloirs tant compliqués pour le génie humain qu'on ne sait ni y entrer ni en ressortir à sa guise, et dont on se croit paradoxalement à l'abri.
Un jour pourtant, on s'y réveillait primitivement séquestré. Réflexe humain : on essayait premièrement de distinguer cet endroit dont l'odeur n'était pas écœurante, mais suffisamment nauséabonde pour que rapidement il y ait un peu de soi dans tous les coins. Puis, timidement, on envisageait ne pas être un cas isolé ; si on y mettait du nôtre, nos appels à l'aide ne se perdraient peut-être pas dans un bruit d'écho – il était surtout déraisonnable de ne pas s'y essayer. Néanmoins : rien. Si la solitude avait été une personne de chair, elle aurait répondu que ces lieux étaient déserts et qu'il fallait se faire une utopie de s'en aller. Sans doute ajouterait-elle aussi qu'après quelques années, on s'y faisait parfaitement. Malgré tout se résigner à s'y adapter était hors de question. S'il s'avérait que nos tentatives d'exploration soient toutes vaines, on recommençait avec courage le lendemain. Quand les silences devenaient trop insupportables, on s'efforçait constamment de faire taire leur seule compagnie en sifflant ou chantant les tubes qu'on aimait au dehors. Inconsciemment, c'était s'approprier comme on le put la maîtrise des lieux.
Séjourner dans ce palace esclave d'un temps qui n'était plus qu'une notion incomprise et hasardeuse, nous fit finalement perdre la tête. On reconnu presque dans un délire que ça avait été astucieux de nous emprisonner ainsi. Et en réalité, ça l'était. Si l'on piégeait un corps vivant dans un environnement inconnu, et qu'on le plongeait dans l'obscurité la plus totale, celui-ci s'imaginait aussitôt errant dans un labyrinthe, persuadé à tort qu'il n'y avait que la persévérance de ses pas pour le mener à la sortie.
- Julien WILHELM -
Commentaires
c'est tellement vrai ! mais qu'il est compliqué ce labyrinthe !!!
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