Mes Mots Sont Insatiables

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16 février 2008

Inspiration, Reine D'Évasion ( - Remanié - )

    Je me retournai brusquement, persuadé de sentir sa présence à moins d'un mètre de moi, là, aussi facilement. Aveuglé par la lumière qu'elle venait d'inspirer en mon art, je cherchais à la salir d'une image qui ne la représenterait pas, une photographie demeurant vierge. J'aspirais à lui donner une image humaine pour la retrouver aisément, pour l'avoir au dessus de mon épaule quand le besoin en serait indéniable, pour me croire faussement capable d'être son maître. Le seul.
    Ceux qui ont recherché son refuge des siècles entiers n'ont trouvé que la poussière de ses pas effacés. Convaincus qu'elle est trop vivace. Trop vagabonde. « Ce n'est pas un animal que l'on capture avec un leurre ou qu'on peut faire échouer avec un plan précis, il faut la pister. La poursuivre incessamment dans l'attente furieuse qu'elle commette une erreur impardonnable. » Ils avouent que malgré tout, même la plus grande de ses maladresse ne changerait sans doute rien au fait que parvenir à sa capture relève d'un défi inégal et perdu d'avance. 
    Elle, qui pourtant n'est pas invisible. C'est nous qui sommes aveugles. Nous qui ignorons qu'en fermant brièvement les yeux, on peut écouter son cri étouffé par l'esprit qui essaie de s'en saisir. Être empoignée pendant l'une de ses actions et honteusement négligée pour satisfaire un usage égoïste, est sa glaciale phobie. Néanmoins, cela n'arrêtera pas. C'est nécessaire à sa survie. Si elle se cache dans l'ombre du talent et n'intervient qu'au gré de son envie, non sans risque, c'est pour transmettre son calvaire à une oreille involontaire, s'en débarrasser. Nous sommes sa menace et non son ennemi, et nous héritons d'un lègue de ces maux que nous lui causons en la traquant. Une parcelle de la peur constante qu'elle ressent face à son prédateur, d'être une évidence.
    J'admets maintenant que sans son sacrifice, les jours n'auraient pas autant vécu. J'accepte alors de l'épargner. De ne comprendre ses déplacements qu'après son départ. De ne l'imaginer qu'à l'instant où elle s'en va sans se retourner. Désormais, si je l'aperçois qui s'éloigne pour s'enfuir, indiscrète, je ferai comme si de rien n'était pour l'aider à mon tour.

- Julien WILHELM -


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