Mes Mots Sont Insatiables

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30 avril 2008

Ma Dépendance

     Là voici.
    M'observant sans pudeur, me lorgnant sans retenue, voilà désormais qu'elle osait s'afficher ouvertement à mon inflexible regard. Je remarquai qu'elle portait la même tenue qu'hier, la même tenue que les jours précédents ; elle devrait pourtant savoir qu'il s'agissait d'une faute de goût, au pire d'une maladresse, que d'arborer chaque jour un costume identique et monotone. Du noir, toujours ce noir. Elle avait ce jour fourni un effort redoutable afin que ses cheveux paraissent ébouriffés, une excentricité capillaire somme toute bonne diversion si ce noir déteint ne la rendait pas si opaque à mon jugement, mais comme là aussi elle n'innovait pas, son apparence ne put me convaincre de son sérieux.
     D'ailleurs je remettais constamment en cause sa motivation. Évidemment que, lorsqu'on est suivi, la peur est un sentiment réflexe et on s'affole du moindre rien ; mais il s'était installé une sorte d'habitude rituelle de la voir longer les murs discrètement parce qu'elle le fit couramment jusqu'à m'y accommoder. C'était pourquoi je m'indignais de ses absences, car ne pas l'apercevoir constituait un manque à mon programme du quotidien. Il m'arrivait parfois de lui en vouloir pour ça. Après tout, je ne lui demandais rien de bien compliqué sauf être là sans cesse, ne serait-ce qu'une minute, sept fois par semaine, quatre semaine par mois, douze mois par an. Mais c'était trop demander pour madame que de répondre à ma dépendance. C'était l'amputer que de la faire sortir de son trou quand un ciel couvert annonçait la pluie, impensable pour son confort qu'elle se livre à l'extérieur sans soleil.
     Je crus bon un moment d'instaurer un dialogue entre nous. Puisqu'il lui arrivait de s'introduire dans mon appartement, je m'étais résignée à l'attendre dans un coin. Mais elle ne vint pas et, malheureusement armée d'une patience trop perméable, je fus rapidement lasse de perdre ainsi mon temps. Je m'étais alors relevée du sol et j'avais rejoint le bureau. Il y faisait tellement sombre que je dus allumer la petite lampe électrique pour percer cette visibilité amoindrie.
    Elle se révéla soudain, à ma grande surprise.
   Profitant son arrivée fortuite, j'ai pendant de longues minutes essayé de la persuader en lui contant une foultitude de choses profondes et touchantes. Sincérité oblige, j'ai même failli pleurer. Néanmoins, malgré les arguments de ma détresse, elle fut impassible et silencieuse. Les concessions lui étaient inadmissibles. Quelle teigne ! Elle m'exaspérait. Tant, que je renonçai finalement à sa compagnie en lui crachant des grossièretés infâmes, mensongères : « c'est tout ou rien ; dans ton cas ce sera moins que rien, telle l'image de ce que tu représentes à mes yeux ».
    J'avais dû la blesser parce que quand j'ai éteint la lumière, elle s'est enfuie.
    Depuis, mon ombre et moi nous nous tournons le dos.

- Julien WILHELM -

Posté par Deep sonic à 20:12 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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Adrian.

Posté par Adrian, 23 novembre 2008 à 01:50

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